il faut un début à tout...

... aussi vais-je commencer.

Je me présente. Je suis Romanezsca. Mais vous me connaissez aussi peut-être sous le pseudo de AnomUtopia. Sinon, je vous invite à voyager d'un blog à l'autre, les deux sont de moi.

Sur ce blog il n'y aura sans doute que des romans, en plusieurs épisodes, certes, mais ça reste des romans, c'est long. Si vous n'aimez pas trop lire, faites demi-tour...

Sinon, quoi vous dire?

Bah, Bonne lecture, tout simplement.
il faut un début à tout...
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# Posté le dimanche 21 septembre 2008 16:03

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 12:54

les enfants qui ne voulaient pas dormir

Il fait nuit déjà, et en fait depuis bien longtemps tout dort. Jusqu'au chat du voisin, tache noire qui ressort étrangement sur le mur blanc. À moins qu'une malheureuse souris ne soit devenue à ses propres dépends un en-cas potentiel? Je ne peux pas le savoir, car je ne peux rester là, à l'observer.
Il est déjà bien tard. Mes petits frères ne dorment pas. Je vais les recoucher, en priant pour que cette foi ils s'endorment.
Voilà, ils sont allongés, la tête sur l'oreiller, les pieds sous le drap bleuté. Je leur caresse tendrement leur front, leur souris, puis vais dans la cuisine leur préparer leur chocolat. Le lait est enfin chaud. J'en verse une part dans une tasse, une autre dans un biberon, sur du chocolat en poudre et un peu de sucre.
Il y a un silence suspect dans la chambre. Dormiraient-ils déjà? Évidemment, ce serait trop beau. Ces deux lascars ont filé dans le salon dès que j'ai eu le dos tourné.
Je les recouche. Je leur raconte une histoire. Leur donne leurs boissons. Ils ferment les yeux. Auraient-ils compris qu'il leur fallait dormir? Je vais sur le balcon, fumer une cigarette bien méritée. La chat est parti, depuis peut-être même un bon moment, pour autant que j'en sache. J'ai un peu perdu la notion du temps. Il y avait peut-être bien une souris, finalement.
Je m'assoupis sur ma chaise, avec pour seule plafond le ciel étoilé. Puis je me réveille en sursaut. Il y a des rires dans la chambre. Ces deux coquins ne dorment pas, ils ont même organisé une bataille d'oreillers en règle!
Je me fâche, ils rangent le bazar qu'ils ont mis et finissent par se recoucher. Je m'installe sous la veilleuse, un livre d'Alexakis à la main. Puis je passe les deux heures suivantes à les forcer à rester au lit, en hurlant régulièrement le cri de guerre de toutes les grandes s½urs fatiguées : « Au lit! ».
Il est une heure du matin quand ils s'endorment enfin. Je m'allonge. J'ai des regrets d'avoir crié. Je leur expliquerais. Ils comprendront. Je les aime. Je ferme les yeux. Je m'endors.
Dans le noir deux paires d'yeux se rouvrent. Deux petits corps sortent de leur lit, vont dans le salon, allument la télé... Deux petits hommes ne semblent pas être convaincus qu'il faut dormir la nuit...
les enfants qui ne voulaient pas dormir

# Posté le dimanche 09 novembre 2008 09:03

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 12:53

extrait 1 de "Il s'appelle Charlotte", par Romanezsca.

extrait 1 de "Il s'appelle Charlotte", par Romanezsca.
Libertine.



On m'a demandé un jour pourquoi je recherchais dans mes compagnes des personnes acceptant l'idée d'un couple libre. Je ne sais comment expliquer de manière précise ce penchant. Même le mot de penchant est trop restrictif. Un penchant est le goût d'une personne donnée pour un objet donné à un temps donné; c'est quelque chose qui est donc amené à changer sans que ce soit forcément d'une manière consciente et a fortiori voulue. De manière spontanée, je dirai qu'il s'agit d'une philosophie personnelle. Il me semble que c'est le mot juste.

À l'opposé, je ne sais comment qualifier les couples qui ne suivent pas cette philosophie de liberté; par soucis de simplicité je les appellerai couples monogames, même si ce terme ne me plaît pas trop. Le suffixe « game » suppose un mariage, une union reconnue, alors qu'on parle simplement de couples, sans préciser si ces deux personnes sont mariées, pacsées, ou non.

À vrai dire je crois que l'idée de monogamie me terrifie. L'idée que je puisse être l'unique horizon d'une personne me paralyse. Ceci suppose d'être toujours présente, attentionnée, toujours au top de ma forme, toujours bien disposée envers ma compagne et toujours disponible. Or je sais que c'est loin d'être le cas. Il m'arrive d'avoir mes périodes associables, périodes pendant lesquelles je ne veux voir personne. Il m'arrive également de ne pas avoir envie de la personne que je fréquente ou avec laquelle je sors, au moment où elle a envie de moi. Dans ce cas là en cas de monogamie, suis-je sensée faire passer le désir de ma compagne avant l'absence du mien, et la satisfaire tout de même? C'est quelque chose d'impensable pour moi. Je ne peux pas me forcer sur ce plan-là. Soit j'en ai envie, soit je n'en ai pas. De plus la monogamie a quelque chose de routinier. On ne sort qu'avec une seule personne, qui est le centre de la vie affective et sexuelle, et qui n'admets pas qu'une autre personne puisse la concurrencer sur ces deux plans, ou seulement l'un des deux. Je suppose qu'au bout d'un temps plus ou moins long, le couple a fait le tour de ses possibilités, et que l'imagination de nos deux amants ou amantes est épuisée. Je sais que je ne pourrai pas me satisfaire d'une relation sans renouveau, à un moment ou à un autre. J'ai besoin que les choses évoluent. À la seconde où elles se figent, je préfère m'éloigner, visiter de nouveaux horizons.

À l'inverse, dans un couple libre, ou polygame si vous préférez bien que je n'apprécie toujours pas ce suffixe, les choses sont en constante évolution. Les deux amants ou amantes sont systématiquement au contact d'autres personnes. L'échange est intense, constant, novateur; aussi bien culturel par les discussions, les lectures communes, les films communs, la musique commune qu'échange amoureux ou même échange purement sexuels. En effet je n'entends pas par couple libre un couple où l'un des deux protagonistes est simplement volage.

Pour moi un couple libre est un couple où chacun des deux est libre, justement, de faire de nouvelles rencontres, de flirter avec une autre personne que son ou sa conjointe, ou même de tomber amoureux et de sortir avec une autre personne en même temps. En effet, l'amour n'est pas un capital limité; on peut aimer profondément et sincèrement plusieurs personnes, sans que cela ne nuise à l'un ou à l'autre, à condition d'être honnête avec tous. On parle ainsi de couple central et de couples satellites. Le couple central prime sur le reste, mais sans ôter de son importance au(x) couple(s) satellite(s). Par là j'entends que l'amour ou le simple désir sexuel et charnel entre les membres du couples satellite est quelque chose d'avéré, il est réel, mais il n'ôte rien à l'amour qui règne dans le couple central.

Voilà une réponse complète, j'espère à la question qui m'a été posée.

# Posté le dimanche 11 janvier 2009 13:33

Modifié le samedi 24 janvier 2009 08:47

extrait 2 de "Il s'appelle Charlotte", par Romanezsca.

La chasse.




La douleur est là, dans ma tête, pulsant contre mes tempes. Une douleur sourde, rythmée, comme les battements du tambour encourageant à partir à la chasse. Car c'est bien d'une chasse dont il s'agit. Mais la proie ne sera ni une antilope, ni un bison, ni un chevreuil. La proie de cette chasse, de cette chasse tellement particulière, c'est moi.

Particulière? Me direz-vous. Mais, vous répondrai-je, elle l'est. Car il n'y a pas d'armes, pas de mort instantanée de la bête qui sera dépecée et dont la viande sera consommée. La bête qui est chassée, moi, ne sera pas mise à mort quand elle sera trouvée. La chasse ne durera pas quelques heures, pendant lesquelles on traquera un habitant de la forêt, qui finira au fond d'une assiette, entouré de crudités qu'il aurait dévorées avec grand plaisir de son vivant. Celle-ci durera des mois, parfois des années. Le chasseur, le vrai, utilise une arme directe. Il tire, tue. Mais le chasseur dont je veux vous parler utilise une arme bien plus sournoise, et bien plus efficace. La mort n'est pas donnée par une arme quelconque, elle est donnée par une substance fortement convoitée au fond de son sachet de plastique, et elle est vendue à grands périls au coin de la rue. Non seulement il tue ses victimes, mais, comble de l'horreur, il s'arrange pour qu'elles viennent d'elles-mêmes chercher la mort au creux de ses mains et de plus qu'elles payent pour mourir... Telle est la chasse, dans les quartiers de Strasbourg.
La chasseur n'est pas là pour l'instant. Je sais que le produit me tuera. Je le sais. Mais je ne peux m'empêcher de le convoiter. Il est trop tard. Le chasseur a dépisté sa proie, ses chiens sont lancés, une poursuite de longue haleine a débuté.

C'est cette envie qu'il me revient de combattre. Cette envie de ce produit qui brûle et pulse dans chacun de mes muscles, dans chacune de mes artères, dans chacune de mes veines, dans chacun de mes os, dans chacun de mes neurones. Chacune de mes cellules crie son envie de cette substance, qui les apaisera, qui me permettra de m'envoler pour un temps hors de la dure réalité. Je suis tentée de laisser la mort pénétrer mes veines, de sentir mon corps se calmer sous l'effet de la drogue, de ne plus sentir cette envie, de ne plus rien sentir en fait. De pouvoir m'envoler loin de la réalité, de tout voir comme à travers un miroir déformant. Le monde est beau quand il est privé de consistance. Mais c'est là le danger. Quand il est privé de substance, le monde n'est plus le monde. Pour l'heure, il n'y a pas un seul millimètre carré de chair dans tout mon corps où cette envie ne se diffuse pas.

Mais je ne la satisferai pas. J'échapperai au chasseur et à son arme.

Je me suis enfoncée, cachée, j'ai croisé mes voies, camouflé mon odeur, je me suis mise sous le vent. Le chasseur ne pourrait me trouver que si je lui montre ma retraite. Il ne me trouvera plus de lui-même; j'ai appris à le connaître.

Il sait de toute façon que je viendrais de moi-même. Non, j'ai dit que je n'irai plus. Je n'irai plus jamais. Et si je te trouvais? Susurre au fond de moi une voix à l'accent traînant de mon dealer. Tu ferais mieux de rev... Non. Je la coupe net. C'est moi qui décide. Et c'est non. La proie s'est enfuie au grand galop. Et elle ne se retourne pas, pour pouvoir rompre les liens qui la retiennent encore. Elle tire dessus de toute la force de sa volonté, et un jour prochain ils cèderont complètement.

Et puis, je sais que si je ne fais ne serait-ce que l'apercevoir, il va me tendre la main. Dedans brillera un morceau de plastique. Il y aura son arme et ma mort dans ce petit sachet transparent. Je sais que lui donnerai mon argent. Qu'il me donnera le petit sachet. Que je rassemblerai cette précieuse substance en une ligne bien nette, bien droite. Que je préparerai un petit tube. Que je m'enfoncerai dans la narine, sans doute la droite, pour consommer mon vice et laisser le chasseur entrer dans ma tanière de misère.

J'ai beau tenter de me rappeler le danger de tout ceci, je ne peux m'empêcher de désirer revoir le chasseur. L'envie est devenue désir. Bientôt le désir sera douleur. De violentes douleur qui naîtront dans mes jambes d'abord. Puis la douleur deviendra souffrance, et enfin supplice. J'aurais l'impression que, ligotée dans un corps qui n'est pas le mien mais que j'ai emprunté, un corps que je ne connais pas et qui ne m'obéit pas, on m'enfoncera de larges aiguilles dans chaque articulation des orteils, dans la plante des pieds, dans l'articulation des chevilles, dans celles des genoux, dans celles de la hanche, et de là dans le reste du corps, mais progressivement, lentement, presque amoureusement. Puis de toutes petites aiguilles, très fines, innombrables, me perceront la peau, puis la graisse et le muscle, pour arriver jusqu'à l'os,qu'elles perceront aussi, et ce, dans chaque centimètre de mes jambes, puis de mon corps entier, en s'attardant sur le ventre. Tout ceci ne dure en réalité qu'une ou deux minutes, mais c'est déjà une éternité pour qui plonge dans un abîme de souffrances. Et puis, j'ai fini par comprendre. L'absence du chasseur sera le catalyseur de ma guérison, mais aussi celui de chacune de mes douleurs. Il va falloir en passer par là.

Le meilleur moyen d'arrêter était d'imprimer, dans ma chair même, un avertissement suffisamment clair contre ce produit. J'ai volé du sucre et de la farine à ma mère, que j'ai cachée sous mon lit, dans un grand carton dans lequel j'entasse un nombre impressionnant de vieilleries. Ironie du sort, c'est là que j'ai caché chacune de mes doses. Quand j'arrivais au point de vérifier s'il ne restait pas quelques miettes sur la pochette de CD sur laquelle je préparai mes lignes, ou de vérifier s'il n'en était pas tombé par terre, ou de tendre la main vers mon téléphone pour appeler mon dealer, je sortais le petit sachet avec de la farine et du sucre. Je formais une petite ligne sur ladite pochette de CD. J'aspirais, et m'arrêtais presque aussitôt. Le sucre m'écorchais l'intérieur du nez, et la farine me faisait éternuer. Le jeu, peu à peu, n'en a plus valu la chandelle. Le chasseur a fini par perdre définitivement ma trace.

J'ai quitté ma tanière. J'ai quitté la piste de chasse. Je l'ai quitté de moi-même le front haut, sans n'être plus proie de qui que ce soit.

Aujourd'hui j'habite une demeure certes modeste, mais elle a quatre murs, un toit, et une porte, que je peux fermer et surtout verrouiller.
extrait 2 de "Il s'appelle Charlotte", par Romanezsca.

# Posté le dimanche 11 janvier 2009 13:38

Modifié le samedi 24 janvier 2009 08:55

extrait 3 de "Il s'appelle Charlotte", par Romanezsca.

extrait 3 de "Il s'appelle Charlotte", par Romanezsca.
le froid.





C'est le froid qui règne à Strasbourg en hiver. Cette phrase semble anodine, mais ô combien est-elle vraie!

Le froid... Je crois qu'ici est l'un des seuls lieux que je connaisse où le froid climatique va de pair avec le froid des m½urs, et moins profondément mais plus visiblement avec le froid des c½urs. Arrêtez une vieille dame sur le trottoir pour lui demander où est telle ou telle rue, c'est tout juste si elle ne vous demandera pas de prime abord combien d'argent vous escomptez lui extorquer. Ici, l'argent n'est plus un simple moyen, c'est malheureusement devenu un but en soi.

Les nuits hivernales de cette ville au bord du Rhin sont mouchetées de givre et de gel. Les pare-brises des voitures au matin sont blancs, durcis par le givre qui s'y est déposé. L'herbe elle-même est entourée d'une délicate dentelle gelée. Le motif en est magnifique, mais il tue la plante. L'après-midi, gel et givre ont disparu. Seul restent quelques reliefs ici et là de ces deux princes nocturnes: quelques feuilles décorées de blanc, quelques pare-brises dans leur gangue de glace, quelques flaques gelées. Mais de neige dans la ville nous en voyons peu, si ce n'est pas. Quand nous la voyons elle est légère, vaporeuse, poudreuse, hésitante comme un danseuse qui fait ses premiers pas sur la scène d'un ballet, mais dont l'élégance n'est plus à prouver.
La neige, quand elle est là, est saluée par des dizaines de gamins du coin. « Maman, disent-ils en c½ur, il neige, il neige, sortons! Allons faire un bonhomme de neige! Tu as une carotte pour le nez? Et un vieux bonnet comme chapeau? Il lui faut aussi des yeux, une bouche! » « Mon enfant, répond une mère affairée, froidement réaliste de plus, La neige ne tiendra pas, elle est trop fine. D'ici une heure tout aura disparu ». L'enfant restera donc chez lui, au chaud, déçu.

Mais que t'importe, mère anonyme d'un enfant inconnu, que la neige tienne ou pas? Les plus grandes ½uvres ne sont-elles pas dans les souvenirs, et non dans les traces qu'elles laissent? La joie de ton enfant ne compte-elle pas plus? Non, tu n'as pas vu que ce qui lui faisait vraiment plaisir, ce n'était pas de laisser une trace. Cela n'intéresse que rarement les enfants. Il ne voulait que passer un moment avec toi, que vous construisiez quelque chose ensembles, main dans la main, et sourire aux lèvres. Puis, rentrer au chaud, les oreilles rouges de froid et le nez exhalant un liquide clair, enlever vestes, chaussures fourrées et moufles, se moucher rapidement, s'attabler autour d'une tasse de chocolat chaud et demander: « Hein, maman, qu'on a fait un joli bonhomme de neige? Hein, qu'on s'est bien amusés? ». Et n'attendre pour toute réponse qu'un sourire maternel, bordé de joie, entouré de fierté, illuminé d'amour. Ah, joies de l'enfance, où tout se résout par un sourire, où tout est source de bonheur, où tout, même une neige légère, est prétexte au jeu!

Ou encore, en te demandant de sortir avec lui, ne voulait-il que te demander « maman, lâche ton ordinateur, pose le téléphone, éteint la télé, débranche l'aspirateur. Laisse toutes ces choses qui t'accaparent, et vient. Allons nous faire plaisir! » Mais du haut de ses cinq ans, il ne peut comprendre ce qu'il ressent exactement. Il sait déjà du haut de son innocence que tout ceci te met de la brume dans la tête, et que bientôt, elle s'épaissira et deviendra brouillard.

Lequel brouillard, ici, met un écran opaque entre les individus. Nous devenons tour à tour muets, sourds et aveugles au fur et à mesure que les situations changent et que s'écoulent les saisons. Une chose seule ne change jamais.

Nous ne sommes jamais que les agents d'une pièce de théâtre sordide où chacun veut à la fois être auteur, metteur en scène, comédien, figurant, technicien, maquilleur, décorateur, éclairagiste, sonorisateur, régisseur, et machiniste. Chacun veut avoir le contrôle sur tous à tout niveau, tout le monde accapare ce contrôle et personne ne le possède. Il s'ensuit un joyeux chaos où tout le monde croit dominer, mais où personne n'est rien.

Le froid hivernal n'est pas présent dans les m½urs, les c½urs et les esprits strasbourgeois qu'en hiver, et je gage qu'il n'est pas, en réalité, présent à cet endroit plus qu'à un autre. Il est présent en tout lieu, en toute saison, à divers degrés. C'est le brouillard d'aujourd'hui qui m'y a fait penser. Il ne se réduisait encore en début d'après-midi qu'à quelques fantômes de nappes grisâtre, errant sans but de-ci, de-là. Voilà que maintenant, en milieu d'après-midi, il est un mur blanc, solide, infranchissable. Ce matin, il n'existait même pas. Il n'y avait qu'un soleil timide de décembre, mais un ciel clair, bleu, limpide.

Le froid était là, mais c'était un froid sec, sans brouillard, sain. Voilà qu'il s'enlaidit d'un masque opaque, comme s'il se voilait la face pour ne pas voir à quel point il marque les corps et les esprits de mes contemporains, et y compris les miens. Deux heures à peine se sont écoulées depuis le début d'après-midi. Deux heures, pendant lesquelles chaque petite miette de temps a été optimisée pour confectionner avec soin ce masque hideux de honte et, aussi, de pudeur. Car l'hiver se cache sous ce blanc insaisissable qu'est le brouillard sur les rives du Rhin. Deux heures seulement...

Ce matin, il faisait printemps. Il a fait automne à midi et au soir, nous sommes au c½ur de l'hiver.

# Posté le mercredi 14 janvier 2009 12:49